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31.10.18

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24.10.18

In fo parution : "Humanité restante - Penser l'évènement avec la série The Leftovers"

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02.10.18

Info parution : Roland Carrée et les gosses d'Italie.

Notre collaborateur (et coordinateur) Roland Carrée publie un livre sur le cinéma italien. Les années 1990 et 2000 constituent une période cruciale pour le cinéma italien qui, après avoir traversé une situation très délicate, connaît une...

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Analyse de séquence : Batman Returns  

Batman Returns
(Tim Burton, 1992)

Vampirisme et damnation

par Valentin Noël le 21.01.11

En 1992, trois ans après le triomphe planétaire remporté par le premier épisode, Tim Burton livre un Batman Returns qui ne cadre pas véritablement avec les attentes de la Warner – ni avec celles du grand public d’ailleurs. Œuvre d’auteur, personnelle et singulière, Batman Returns, treize ans après sa sortie, reste un film en tous points admirable. En témoigne le « meurtre de Selina Kyle », séquence brillamment construite s’il en est.

Vampire, vous avez dit vampire ?

A la tombée de la nuit, Max Shreck (Christopher Walken) rejoint le siège social de Shreck Enterprise, en plein cœur de Gotham City. A ce stade du film, le cinéphile averti a déjà relevé la référence à Nosferatu (1922), Max Shreck étant le nom du comédien allemand engagé par Murnau pour incarner le premier vampire de l’histoire du cinéma. Or, ce rapprochement du « monstre » et du business man, la séquence à venir va l’étoffer. Tout d’abord avec un plan en lui-même assez suggestif, celui de la silhouette obscure de Max Shreck, gravissant lentement et silencieusement les dernières marches qui le séparent du palier [01]. Puis avec un travelling en caméra subjective, désignant Selina (Michelle Pfeiffer), sa secrétaire, comme la future victime du « vampire » [02].

Mais au fait, que fait Selina au bureau à une heure si tardive ? Elle prépare le dossier du lendemain, qui concerne le projet de centrale électrique que son patron entend à tout prix faire aboutir. Secrétaire modèle quoi qu’un peu trop curieuse, Selina a poussé le professionnalisme jusqu’à ouvrir les fichiers confidentiels [03] [04]. Quand Max Shreck s’en aperçoit, sa première réaction consiste à recouvrir les classeurs avec son manteau [05], comme s’il déposait un linceul sur un cadavre. Il est vrai que le placard renferme un squelette de taille : Selina a en effet découvert que la prétendue centrale électrique, au lieu de générer du courrant, fonctionnera au contraire comme un gigantesque accumulateur. Ou, en d’autres termes, que la création de Max Shreck aura pour unique fonction de vampiriser Gotham (« to suck power » en version originale, comme s’il s’agissait de sucer du sang).

Le mot de passe pour accéder aux fichiers confidentiels est « Geraldo », en hommage au chihuahua empaillé de Max Shreck (empaillé, donc vidé de son sang…). Le chihuahua trône sur une armoire, devant laquelle vient se placer le futur meurtrier. Dès lors, Max Shreck va être associé à l’intérieur du cadre au petit chien posé derrière lui [06] [07]. Et si Max Shreck est associé au chien, Selina va quant à elle jouer le rôle du chat. Or, chacun sait que chiens et chats ne font pas bon ménage…

On aura remarqué que la lampe du bureau projette sur le visage de Selina l’ombre déformée de la monture de ses lunettes, annonçant le masque que portera bientôt Catwoman [08]. La jeune femme ayant vu ce qu’elle ne devait pas voir, son destin est en effet scellé : nous pouvons déjà la considérer comme morte. La confusion entre femme (ce qu’elle était) et chat (ce qu’elle va devenir) est pourtant entretenue jusqu’au bout, sadiquement, lors du bref déplacement qui conduit Selina du bureau à la fenêtre (un espace transitoire par excellence, qui oriente l’ex-secrétaire vers sa nouvelle vie [09]). Citant un proverbe américain, Max Shreck lui demande si « elle sait ce que la curiosité fait au chat ». Selina répond qu’elle n’est pas un chat, juste une assistante. Oui, mais plus pour très longtemps.

Les damnés du comic book

En poussant sa secrétaire à travers la fenêtre [10], Max Shreck la fait instantanément basculer dans le monde des chats. Le premier qu’elle croise lui sourit ironiquement : il s’agit du logo de l’entreprise qui surplombe le building [11] – un logo que l’on retrouve sur les bâches traversées par la jeune femme tout au long de sa chute [12] [13]. Notons au passage que la « chute fondatrice » est l’un des thèmes récurrents de l’univers de Batman. Dans ce même épisode, on remarquera que le Pingouin a lui aussi été « jeté », par ses propres parents, dans les égouts. Tandis que dans le premier Batman (1989), déjà réalisé par Tim Burton, Jack Napier était « balancé » une première fois à la police par le parrain Grissom, avant d’être poussé, pour de bon cette fois, dans le bain d’acide qui le transformait en Joker. Quant à Batman lui-même, on apprendra dans le troisième épisode (Batman Forever, Joel Schumacher, 1997) que sa rencontre avec les chauve-souris n’a tenu également qu’à une chute : celle qui, enfant, l’a conduit dans la grotte dont il fera plus tard son repaire.

Au terme de sa dégringolade, Selina s’écrase dans la neige [14], comme sur une page blanche : son ancienne vie est terminée, la nouvelle attend d’être écrite. Alors arrivent les chats [15], qui sont bientôt si nombreux que la jeune femme disparaît derrière eux [16]. Au terme d’un ballet de « vampirisation féline » [17], les yeux de Selina s’ouvrent [18], non pas en signe de résurrection, mais bien pour marquer sa seconde naissance. C’est en effet une existence totalement neuve qui s’offre à elle, comparable à une damnation. Comme Batman, Napier ou le Pingouin, sa vie va désormais être dédiée à la vengeance.

Valentin Noël

 

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