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Actualités :

18.09.19

Info Parution : Steven SPIELBERG analysé par Pascal COUTÉ, aux éditions Passage(s).

Pascal COUTÉ signe le premier essai d'importance en langue française consacré au cinéma de Steven SPIELBERG. Cinéaste éclectique, passant sans difficulté d’un genre à l’autre, Steven SPIELBERG a trop souvent la réputation d’un...

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11.09.19

Actu parution : deux nouveaux titres dans la collection "Contrechamp" aux éditions Vendémiaire.

La collection « Contrechamp » de Frank Lafond, aux éditions Vendémiaire, s’enrichit de deux nouveaux titres : l’un consacré à Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, par David Roche ; l’autre au Quai des brumes de Marcel Carné, par...

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02.07.19

Info expo : "Charlie Chaplin dans l'œil des avant-gardes", du 18 octobre 2019 au 3 février 2020, Musée d'Arts de Nantes.

Charlie Chaplin dans l’œil des avant-gardes offre une relecture de l’art de la première moitié du 20e siècle. Elle prend pour fil conducteur l’œuvre cinématographique de Charlie Chaplin, sujet de fascination pour les artistes du monde...

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Sibyl Justine Triet

Sibyl - Diffractions
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Film : Sibyl

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Film : La Région sauvage

Le rêve de la femme mexicaine

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Film : A Ghost Story

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Réalisateur : David Lowery

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Analyse de séquence : Casino  

Casino
(Martin Scorsese, 1995)

Chansons pour un désastre

par Arnaud Devillard le 21.01.11

Si Martin Scorsese est connu pour son emploi des "musiques sourcées", Casino peut quasiment être raconté par les chansons choisies pour sa bande-son fleuve. Entre musique diégétique et extra-diégétique, les deux heures cinquante-huit du film connaissent peu de répit sonore. Moment clef, l'entrée en scène de Ginger (Sharon Stone) ne nécessite pas moins de quatre morceaux pour expliquer qui elle est et surtout pour annoncer la catastrophe dont elle va être l'origine.

Compared to what par Les McCann et Eddie Harris

Tout commence par Compared to what, grand succès jazz-soul qui fit la renommée du jazzman Les McCann, accompagné du saxophoniste Eddie Harris, au festival de Montreux de 1969. Ce titre, qui évoque la perte de la notion de réalité sous l’effet grisant de l'argent, rythme la séquence frénétique décrivant le réseau de surveillance du casino [01]. Tout le monde surveille tout le monde [03], du sol au plafond, croupiers, chefs de tables, chefs de partie, directeurs de salle, gérant, anciens tricheurs cachés dans le plafond... Une véritable paranoïa où même le maître des lieux [02] (Sam Rothstein/Robert De Niro) se vante d’être sous le contrôle des caméras.

C’est à l’issue de cette présentation qu’apparaît Ginger pour la première fois, sur un écran de vidéosurveillance [04], au moment où retentissent les cuivres tonitruants du final. Elle est là, sans être vraiment réelle, juste une image bicolore de mauvaise qualité. Le son s’arrête même. Sam observe [05, 06, 07, 08, 09]. La camera subjective zoome sur un coin de l'écran, pour montrer la main de Ginger subtilisant des jetons au type qu'elle accompagne [10, 11]. Le son reprend. « Try to make it real », conseille la chanson. Le problème de Sam [12], c’est justement qu’il en restera toujours à cette image [13] sur laquelle il peut projeter ce qu’il veut. Une Ginger irréelle. Quand le son revient, la chanson se termine, mais l'ambiance festive des arrangements de cuivres se prolonge dans les cris d’excitation de Ginger [14]. C’est ce qu’on appelle une arrivée en fanfare.

Slippin’ and slidin’ par Little Richard

Sam Rothstein est descendu à la table de jeu pour pouvoir observer de près. Une nouvelle chanson prend le relais, Slippin' and slidin', interprétée par Little Richard (1956). Dans cette chanson, un homme décide, après avoir épié sa femme (« Slippin’ and slidin’ / peepin’ and a-hidin’ ») et écouté les racontars (« I’ve been told a long time ago »), de ne plus se laisser avoir (« I won’t be your fool no more ») et de ne plus se laisser baratiner (« Big conniver, nothin’ but a jiver / Done got hip to your jive »). C’est exactement la situation du client de Ginger : il l'a vue lui voler les jetons et refuse de lui payer l’intégralité de sa part sur les gains. Fini d’être le pigeon (« fool »). Mais c’est en même temps un avertissement adressé à Sam Rothstein. Malgré la cohue et le désordre, on entend clairement le refrain, mixé plus en avant, « I’ve been told / Baby you’ve been bold / I won’t be your fool no more ». Sam, on l'a dit plus haut, a lui-même clairement vu Ginger glisser les jetons dans son sac, mais malgré cela, malgré ce que lui dit la chanson, il sourit, déjà sous le charme. Le prochain « pigeon », c’est lui. La preuve avec les deux chansons qui suivent.

Love is strange par Mickey Baker et Sylvia Robinson

« Baby, baby, my sweet baby, you’re the one ». Ce court extrait du hit de 1957 de Mickey & Sylvia sur l’image de Ginger au ralenti signale le coup de foudre de Sam pour elle. Elle est l’élue de son cœur et le temps se suspend [15, 16]. Mais le titre de la chanson donne aussi le ton. Sam tombe amoureux d’elle alors qu’il l’a vue voler le type qu’elle accompagne, alors qu'une chanson vient juste de raconter les turpitudes d'une femme malhonnête. Il devrait se méfier. Certes… Mais l’amour est un phénomène étrange.

Heart of stone par les Rolling Stones

Dernière étape de l’entrée remarquée de Ginger dans le film, elle et Sam s’embrassent goulûment [17]. Mais comme pour confirmer que cette liaison est une erreur, le baiser passionné se conclut par un échange de billet [18]. Le célèbre titre des Rolling Stones utilisé ici ne laisse là-encore aucune ambiguïté quant à la nature de la jeune femme. En voix-off, Sam lui-même vante la dureté et l'habilité de Ginger à dépouiller ses clients. Le propos de la chanson, une fanfaronnade de macho typique du groupe où un homme se vante d’avoir fait pleurer beaucoup de femmes et de ne s’être jamais laissé briser le cœur, correspond ici à Ginger. C'est elle qui parle et met Sam en garde. Elle lui conseille de passer son chemin (« Better listen little girl / You go on walking down the street ») car elle n’a pas d’amour à donner, elle n’est pas le genre de fille qu’il est bon de rencontrer (« I ain’t got no love, I ain’t the kind to meet »). C’est le sien, de cœur, qu’on ne pourra pas briser. Car c’est un cœur de pierre (« ‘cause she’ll never break, never break, never break, never break / This heart of stone »). Ace ne devrait pas se faire d’illusion quant à sa capacité à la faire changer. Mais évidemment, il n’entend pas, ou ne veut pas entendre. Ou il ne préfère retenir que l’éventuel jeu de mot : Heart of (Sharon) Stone… La suite du film se chargera de nous montrer l'ampleur de son erreur.

Arnaud Devillard

 

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