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District 9
(Neill Blomkamp, 2009)

Le monstre à nos portes

par Florent Barrère le 20.01.11

District 9 est un film de science-fiction hollywoodien sorti sur les écrans français le 16 Septembre 2009. Pour son premier long métrage, épaulé par le producteur exécutif Peter Jackson (le réalisateur néozélandais de la trilogie Le Seigneur des anneaux) qui l’avait aidé à monter financièrement – sans succès – une adaptation du jeu vidéo Halo, le jeune réalisateur sud-africain Neill Blomkamp problématise en version longue les enjeux d’Alive in Joburg, court métrage politique qu’il avait réalisé en 2005. Les aliens ne sont plus des visiteurs belliqueux dotés de super-pouvoirs, mais de pauvres hères archaïques, sous-alimentés, dont l’humanité devra « se charger » après la dérive de leur vaisseau au-dessus de Johannesburg. Tout l’intérêt du projet de Neill Blomkamp réside dans une satire politique de l’apartheid par une approche tiers-mondiste et non plus conflictuelle de l’arrivée de l’extraterrestre sur notre planète.

Les « crevettes » – sobriquet méprisant donné aux « visiteurs étrangers » par les sud-africains (aussi bien natifs qu’afrikaners) – sont des créatures vaguement humanoïdes qui tiennent tout autant du mollusque pour les tentacules que de l’insecte pour les pattes et la carapace. Ils ont débarqué en masse au dessus de Johannesburg dans un vaisseau à moitié délabré, à la fin des années quatre-vingt. Ces « crevettes » répugnantes, certainement la seule caste extraterrestre ayant survécu à cette interminable dérive spatiale, sont trop affaiblies pour espérer retourner sur leur planète, et s’avèrent trop différentes pour s’accoutumer à la civilisation humaine. Pour des raisons qui paraissent humanitaires mais qui sont avant tout sécuritaires, les misérables créatures sont parquées dans un immense ghetto qui ceinture la ville de Johannesburg : le « District 9 » (référence directe à un véritable quartier sensible du Cap dans les années soixante, le « district six »).

Neill Blomkamp, fidèle à la ligne directive qu’il avait esquissé quatre ans auparavant dans Alive in Joburg, problématise de manière tout à fait inédite dans un film de genre le rapport de l’humanité au monstre : il ne s’agit plus bêtement de vivre « contre » le Monstre, comme dans la plupart des films fantastiques et de science-fiction, de Mars Attacks ! à la franchise Alien ; ni de vivre « avec » le Monstre, comme c’est le cas dans le malicieux dytique d’infiltration Men in Black ; mais très précisément de vivre « à coté » du Monstre, c'est-à-dire en l’ignorant, en le méprisant, et dans ce cas précis, en le marginalisant – ce qui ouvre le film sur le rapport douloureux des sud-africains à leur propre ségrégation raciale.

La première partie du film n’échappe pas à la figure imposée de la rencontre entre l’homme et l’extraterrestre : on y suit Wikus van der Merwe, un homme peu brillant, mais néanmoins pistonné par son beau-père pour superviser au sein de la MNU (un consortium d’affaires qui s’intéresse de près à la technologie militaire des extraterrestres) une vaste opération d’extradition des aliens au sein du dangereux « District 9 ». Il est chargé de notifier aux aliens leur avis d’expulsion avant qu’ils ne soient replacés dans un autre camp de réfugiés au milieu du désert, bien moins dangereux pour la sécurité des citoyens de Johannesburg.

Avec son physique terne d’employé de bureau, Wikus van der Merwe (étonnant Sharlto Copley dans son premier rôle au cinéma) use cravate et chemise blanche dans la poussière du township, environné par les hélicoptères de la sécurité militaire, et documents administratifs à l’appui, entame un éprouvant porte à porte de taudis en taudis. Toute l’audace de Neill Blokamp se cristallise alors autour de ces quelques scénettes souvent drôles, voire grotesques : au détour d’un recel de téléviseurs ou d’un malencontreux problème digestif, le réalisateur laisse interagir au seuil de la mégalopole sud-africaine la race humaine et la race extraterrestre. Il les laisse s’épier, se mesurer l’un à l’autre, échanger. Quelques paroles, souvent des injonctions, auxquels répondent de secs claquements de mandibules. Laisser, au bord du ghetto, la communication s’installer - même si le spectateur n’est jamais dupe du rapport de force (spirituel, militaire, humanitaire) engagé envers les extraterrestres. Cohabiter est le maître mot de District 9, et peut s’entendre de manière purement mécanique, comme l’ensemble des relations qu’un animal tisse avec les autres animaux et les plantes de son écosystème particulier. Trois groupes interagissent au sein de District 9 : les sud-africains (natifs et afrikaners), les « crevettes » et les « nigérians » – un clan qui gère les activités mafieuses du ghetto. Chacune de ces castes partage des codes, un langage, un mode comportemental, mais elles ne sont pas pour autant pacifiées, et se déchirent en des guerres intestines pour le contrôle d’un même territoire : la tentaculaire mégalopole de Johannesburg.

Les « crevettes » sont traitées dans ce film comme une espèce animale à part entière : dans une instructive scène additionnelle, présente dans le DVD, un biologiste s’enthousiasme devant le mode de reproduction hermaphrodite des aliens, élément scénaristique curieusement supprimé du montage et qui expliquait pourtant la surpopulation du « District 9 », cette démographie effrénée devenant la première menace extraterrestre pour les citoyens de Johannesburg. Leurs habitudes alimentaires étant celles des charognards, les « crevettes » interagissent à merveille avec l’environnement insalubre du township sud-africain, et font volontiers leur quotidien de cadavres, de pneus de voitures et de pâté pour chats (un met puissamment addictif). L’organisation de ces extraterrestres est proche de « l’esprit de la ruche » cher au biologiste et philosophe allemand Jacob Von Uexküll et à sa vision à la fois mécaniste et subtile des sociétés d’insectes, c'est-à-dire « chimiquement contrôlée ». Mais grand tour de force du scénario, les « crevettes » semblent avoir perdu leur élite dirigeante : elles ne sont alors guère plus efficaces qu’une horde d’ouvrières ayant perdu leur reine. Etant habituées par nature à recevoir des ordres, ces « crevettes » sont aptes à être manœuvrées par les afrikaners – il est particulièrement aisé de replier la meute d’insectes dans un ghetto, ou de l’en déloger dès lors qu’elle menace l’intégrité (physique, sociale, démographique) de la bourgeoisie de Johannesburg.

La seconde caste de District 9, les sud-africains (natifs et afrikaners) adoptent une attitude totémique envers les « crevettes », un mélange indécidable entre l’adoration et le tabou. Les « crevettes » sont accablées de tous les maux : tueuses d’hommes, violeuses de femmes, elles sont hermaphrodites et poussent parfois l’espèce humaine à une hybridation contre-nature (Wikus van der Merwe est suspecté d’avoir copulé avec une « crevette » après la contraction accidentelle d’un virus mutagène). Pourtant, pour les natifs sud-africains, ingérer le cœur bouilli d’une larve de « crevette » guérit du diabète et de l’hypertension, et la consommation crue d’un bras coupé lors d’une cérémonie muti (le spiritisme vaudou des sud-africains) redonne la vitalité prêtée aux extraterrestres - et cette capacité génétique étonnante à se servir de puissantes armes biotechnologiques. Les afrikaners sont justement fascinés par cette avancée militaire importante des aliens, et mènent activement des recherches au sein de la MNU afin de trouver la mutation génétique qui rendrait ces armes viables entre les mains des humains. Cette problématique militaire est d’ailleurs l’enjeu de la seconde partie du film, malheureusement un peu moins réussie, où Wikus van der Merwe devient l’homme le plus recherché de Johannesburg, du fait de cette étonnante capacité génétique à se servir des armes aliens surpuissantes après la métamorphose totale de son bras (une thématique de la contamination faiblement exploitée par rapport à ses contemporains David Cronenberg ou Guillermo del Toro).

Enfin, le clan des « nigérians », soudé autour d’un chef violent et charismatique, Obesandjo, semble jouir à plein du primitivisme de cette meute extraterrestre. Autre idée scénaristique brillante, Obesandjo et son clan sont les seuls humains à vivre à l’intérieur du « District 9 », au sein-même de la « poche alien » - il est d’ailleurs recommandé à l’équipe d’intervention du MNU de faire un crochet d’un quartier à l’autre du ghetto afin de ne pas froisser la susceptibilité du terrible boss des « nigérians ». Autour de ce chef de clan irascible et inique, toutes les ressources offertes par les voisins aliens sont exploitées : les agressives larves de crevettes alimentent le marché noir et remplacent utilement les coqs de combat, les organes servent aux guérisseurs et à la magie noire, et le pâté pour chats, véritable drogue dure des « crevettes », est revendu à prix exorbitant, souvent en échange d’armes biotechnologiques surpuissantes (de puissants robots Mecha échangés… contre cent boîtes de pâté pour chats !). Dans District 9, si les castes interagissent et modifient en circonstance la topographie urbaine, en se partageant d’immenses quartiers de Johannesburg, c’est toujours au détriment des « crevettes », laissés-pour-compte d’une société mafieuse (le clan des « nigérians ») et bourgeoise (l’élite des afrikaners).

Que dire d’autre sur District 9, habile contre-pied au tout-venant de la production hollywoodienne ? Qu’ajouter de plus si ce n’est que ce partage quasiment animal d’un même territoire se traduit cinématographiquement par une cohabitation esthétique, un mélange des formats oscillant à chaque instant entre le documentaire et la fiction. Si ce parti-pris est pleinement assumé lors des séquences documentaires et reportages, rendues granuleuses et instables par l’utilisation d’une caméra vidéo « Sony hvr z1 » ; les séquences plus stables et léchées tournées en caméra haute définition « RED » ne brillent pas toujours par leur justesse. S’il est piquant de voir une scène intime entre deux crevettes en haute résolution, contre le bouillonnement médiatique de l’extradition extraterrestre traduit par l’impureté de l’image vidéo, les scènes d’action plus hollywoodiennes semblent par moment décalées dans un film avant tout politique, comme ce trop long final louchant vers le film de Mecha – et qui fait désormais pâle figure face à Avatar (2009) de James Cameron ! Mais malgré ces quelques greffes de film d’action qui prennent assez mal dans District 9 (contrairement au sublime « film de hangars » que promettait le teaser de Halo : Landfall (2007) du même réalisateur), l’enthousiasme et la puissance iconoclaste l’emportent le plus souvent sur les maladresses et le trop-plein thématique inhérent à un premier film.

Ce n’est sans doute pas un hasard si District 9 arrive à la fin des années 2000 pour rappeler par les moyens de la science-fiction la douloureuse problématique identitaire des sud-africains. Le dernier film de Clint Eastwood, Invictus (2009), tourné en Afrique du Sud, est sans doute le prolongement inattendu et la clef la plus logique à District 9 : un mélange indécidable des genres entre film politique, biopic et film de sport ; une même cohabitation difficile entre afrikaners et natifs ; mais une résolution bien plus pacifiée – sans doute aussi plus idéalisée – par le recours à l’effort sportif : la coupe du Monde de rugby 1995 et le dépassement de soi dans le travail collectif. Les évènements de 2010 entraînent l’Afrique du Sud vers l’élan national, même si ce renouveau ne semble pas se départir d’une impureté fondamentale : au moment-même où les afrikaners d’extrême-droite perdent un leader en la personne d’Eugène Terreblanche et réclament au nom de leur nation la guerre civile, le pays va mobiliser toute son énergie patriotique dans l’organisation de la coupe du Monde 2010 de Football.

Florent Barrère

 

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