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Critique : Frankenweenie  

Frankenweenie
(Tim Burton, 2012)

Du pareil au même ?

par Aurélie Saubin le 14.11.12

Deuxième film de l’année 2012 pour Tim Burton après Dark Shadows, Frankenweenie marque le retour du réalisateur américain au film d’animation, genre dans lequel il excelle et qui lui a permis de commencer sa carrière auprès des studios Disney. La maison aux grandes oreilles est d’ailleurs à l’origine de la production du film, alors même qu’elle avait refusé le budget nécessaire à l’animation du court métrage éponyme imaginé par Burton vingt-huit ans plus tôt, lorsqu’il travaillait en tant qu’animateur pour la firme. Mais cette histoire de chien mort-vivant, ranimé par son jeune maître Victor, ne semblait pas être du goût de la direction des studios, qui changeait d’ailleurs la même année, en 1984 : le film réalisé en prises de vue réelles et le projet de Burton restent au placard.

Mais le vent a tourné et la situation est bien différente aujourd’hui : après un début de carrière pour le moins semé d’embûches, Tim Burton s’impose à présent comme un réalisateur incontournable, qui a notamment été président du jury du festival de Cannes en 2010 et sujet d’une exposition voyageant du MoMA de New-York (novembre 2009/avril 2010) à la Cinémathèque Française (mars/août 2012). Le moment était donc opportun pour une nouvelle collaboration avec les studios Disney, qui font tout pour assurer le succès de Frankenweenie : une sortie programmée dans les salles françaises pour Halloween, un budget conséquent de 39 000 000 € et l’utilisation de la 3D… Mickey n’a qu’à retourner sa veste et laisser le célèbre château se décolorer au son d’une musique macabre le temps d’un générique d’ouverture.

Mais en définitive, si l’on admire de nouveau la maîtrise de l’animation en stop-motion sept ans après Les Noces funèbres (2005), Frankenweenie peut néanmoins sembler un peu décevant pour certains spectateurs ou, du moins, sans surprise : il ne s’agirait en grande partie que du condensé d’un univers déjà connu…

 

Une impression de déjà-vu…

La griffe Burton est reconnaissable de prime abord : le graphisme est en tout point semblable aux précédents films d’animation signés par le réalisateur américain. D’ailleurs, les traits de certains personnages rappellent des créations antérieures, à l’image des yeux écarquillés de la Weird Girl (Catherine O’Hara) qui font écho à la caractéristique principale de Staring Girl (La fille qui fixait, fixait), que l’on avait pu rencontrer dans le recueil La Triste fin du petit enfant Huître et autres histoires (1997). En regardant de plus près, on pourrait même affirmer que Frankenweenie collectionne les images, les schémas, les références à la filmographie de Tim Burton, comme si des souvenirs de ses créations avaient été mis bout à bout pour réaliser ce qui s’assimilerait à un film bilan. Ainsi, l’un des premiers plans du film, dans lequel on voit en gros plan la roue du vélo du livreur de journaux, nous permet de nous souvenir de la bicyclette bien aimée de Pee-wee (Paul Reubens) : le premier long métrage du réalisateur débute par une séquence où les roues (des vélos du Tour de France, de la machine à breakfast de Pee-wee) se multiplient, jusqu’à aboutir à un gros plan similaire dans son cadrage à celui de Frankenweenie. Au-delà de l’anecdote, ce plan a toute son importance puisqu’il présente la machine de Pee-wee autour de laquelle va tourner toute l’intrigue. En outre, on trouve déjà dans Pee-wee Big Adventure (1985) un monstre ressemblant à ceux que Victor Frankenstein (Charlie Tahan) devra affronter pour sauver la petite ville de New Holland.

Mais ce n’est pas le seul film ressuscité par Frankenweenie : New Holland, cette petite banlieue bien-pensante, aux pelouses impeccablement coupées et surplombée d’une butte sur laquelle trône un vieux moulin à vent, ne peut que rappeler la ville dans laquelle débarque Edward aux mains d’argent (Johnny Depp). Seules les couleurs ont disparu. D’ailleurs, les deux films se terminent par une scène de lynchage public dans laquelle les habitants de la petite bourgade se lancent à la poursuite du monstre, parti se réfugier sur les hauteurs de la ville.

Tout semble avoir été pensé, depuis le cadrage de certains plans, jusqu’au prénom des personnages : Victor, prénom originel du héros du court métrage de 1984, annonçait déjà Victor Van Dort (Johnny Depp), le mari malchanceux des Noces funèbres ; il rejoint Edward au rang des prénoms fétiches du cinéaste. Finalement, c’est comme si tous les films de Burton se trouvaient là, ou plutôt, comme si le fantôme de Frankenweenie avait hanté tous ses films précédents, avant que le réalisateur ne puisse mettre son projet macabre sur grand écran. Car, des morts vivants, on en trouve plein sa filmographie, à commencer par Beetlejuice (1988) : les protagonistes principaux sont les fantômes de Adam et Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis), morts pour avoir voulu sauver un chien (ça ne s’invente pas). Et les chiens fidèles, on en retrouve dans les autres films d’animation auxquels Burton a collaboré : Scraps dans Les Noces funèbres et Zéro dans L’Etrange noël de Monsieur Jack (1993).

 

Au Panthéon des artistes

Lorsque toute son ampleur est donnée au film prodige, il est également temps de rendre hommage aux artistes qui ont inspiré Burton. Ils sont nombreux à trouver leur place dans Frankenweenie. L’onomastique est grandement symbolique à ce titre. Ainsi le héros Victor a pour patronyme Frankenstein, rappelant l’une des inspirations majeures du film de Burton, soit le chef d’œuvre éponyme de Mary Shelley. Shelley, c’est d’ailleurs le nom de la tortue défunte de Toshiaki (James Hiroyuki Liao), le camarade de classe de Victor. Quant à Edgar (Atticus Shaffer), le petit garçon qui espère devenir populaire en révélant le secret de la résurrection, il ne peut qu’évoquer le nom d’Edgar Allan Poe, l’auteur qui inspira à Burton l’un de ses premiers courts métrages, Vincent (1982).

Les sources du réalisateur se retrouvent également au détour d’un choix esthétique ou d’un trait de crayon. Ainsi, le choix du noir et blanc n’est pas sans rappeler l’expressionnisme allemand, mouvement dont Mr. Rzykruski (Martin Landau), le professeur de sciences naturelles de Victor, aurait pu être l’un des acteurs fétiches : la forme allongée de son visage, ses yeux cernés de noir, ses longs doigts allongés peuvent non seulement évoquer la silhouette de l’icône des films d’horreur Vincent Price, mais également celle d’un Nosferatu chevelu et moustachu. Son accent est-européen concourt également à le rapprocher de la légende des Carpates. Quant aux monstres qui sévissent le soir de la fête hollandaise, ils ne sont pas sans rappeler des créatures cultes du cinéma : Shelley ressuscitée s’apparenterait à un nouveau Godzilla (Ishiro Honda, 1954) et les singes de mer qu’Edgar lance dans la piscine, par leur euphorie et leur rire, rappellent les Gremlins de Joe Dante (1984). Mais cette foire populaire est également le lieu où est diffusé Bambi des studios Disney (1942), comme on le voit écrit en lettres lumineuses sur le fronton du cinéma que l’on aperçoit en arrière-plan : le cinéaste sait alors s’armer d’ironie pour évoquer sa première expérience avec les studios Disney.

Il ne s’agit donc pas seulement dans Frankenweenie de mettre en scène les œuvres ayant influencé Burton ; le film s’inspire également de la propre biographie du réalisateur, comme cela avait été précédemment le cas d’Edward aux mains d’argent (1990) ou de Big Fish (2003) : Victor, cet enfant qui a son chien pour seul ami et tourne des films inspirés des séries Z avec une caméra super 8, pourrait être un double du jeune Timothy, qui s’adonnait aux mêmes passions dans la banlieue californienne de Burbank.

 

Une filmographie assagie ?

Mais peut-on pour autant considérer que Frankenweenie se limite à un film monument, hommage aux inspirations passées et à la carrière de Tim Burton ? Rien n’est moins sûr : le message final serait assez original par rapport à ce que l’on pouvait attendre. Ce happy end inattendu, qui permet la résurrection in extremis de Sparky, est pour le moins surprenant. Le réalisateur aurait-il cédé aux sirènes des studios Disney ou souhaitait-il seulement offrir une tonalité optimiste à ce souvenir de début de carrière ? Car pour une fois, l’amour et le coup de foudre sont possibles et représentés littéralement, tel un courant électrique traversant les truffes de Perséphone et Sparky. La musique guillerette du générique de fin (Strange Love de Karen O) célèbre cet amour qui n’avait pu précédemment trouver sa place dans Edward aux mains d’argent.

Si l’on peut donc reprocher à Frankenweenie un certain manque d’originalité ou d’excentricité, qui valaient à de précédents films de Burton d’être de véritables OVNIs du septième art, on peut néanmoins le considérer comme un film de la maturité permettant à Burton de réunir ses inspirations et son talent dans l’animation stop-motion autour d’un projet de jeunesse enfin réalisé.

Aurélie Saubin

 

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