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28.06.22

ÉCLIPSES 70 : PAUL THOMAS ANDERSON

Après neuf longs métrages, Double mise (Sydney / Hard Eight, 1996), Boogie Nights (1997), Magnolia (1999), Punch-Drunk Love (2002), There Will Be Blood (2007), The Master (2012), Inherent Vice (2014), Phantom Thread (2017) et le formidable...

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Décès de l'acteur Philip Baker Hall

On apprend ce jour le décès de l'acteur Philip Baker Hall, acteur de second rôle, certes, mais qui a su imposer sa présence dans plus de 100 films.Il est notamment à l'affiche de trois titres importants de Paul Thomas ANDERSON, dont Hard Eight...

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01.11.21

ÉCLIPSES Volume 69

Le volume 69 de la revue ÉCLIPSES sera consacré à Claude Chabrol et sortira en décembre 2021.

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Critique : Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal  

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
(Steven Spielberg, 2008)

Où gît notre souvenir enfoui

par Roland Carrée le 07.01.11

Inutile de revenir sur les nombreux défauts (scénario mal écrit, problèmes de rythme, demi-heure finale grotesque) d’Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, déjà dénoncés par une presse et un public déçus de ne pas avoir retrouvé la fraîcheur des épisodes d’antan. Concentrons-nous plutôt sur le début du film, qui annonce clairement le propos : l’histoire mitonnée par David Koepp s’articulera autour du souvenir. Le travail de mise en scène de Spielberg est toujours aussi impeccable, et culmine notamment à l’instant où se présente à nous, après dix-neuf ans d’absence, notre héros favori. Revenons à la séquence d’ouverture des Aventuriers de l’arche perdue (1981) : dans une jungle hostile, où même la caméra semblait se perdre, se faufilait une silhouette encore inconnue du public, entrevue tantôt de dos, tantôt dans la pénombre, et dont les premiers signes de reconnaissance par le spectateur s’effectuaient au moyen de gros plans sur son chapeau ou son fouet. À l’époque, le héros nouveau se définissait non par son caractère (Indiana Jones n’a cessé d’être un personnage superficiel qu’à partir de sa troisième aventure), mais par ses ustensiles. Puis Indy sortait de l’ombre, s’avançait vers le spectateur qui l’identifiait enfin, et le périple pouvait commencer. Retour vers le futur : devant les portes du grand hangar échappé du premier opus, un homme visiblement vieillissant est frappé puis jeté au sol dans un plan pris en plongée totale, puis se relève pour ramasser son chapeau, ce dernier se voyant au préalable isolé dans un plan intervenu précédemment. Plan magnifique où l’ombre de l’homme remettant son couvre-chef se projette sur le véhicule militaire qui l’a emmené ici, renvoyant l’aventurier à l’état d’ombre de lui-même, fantôme toussant prompt à disparaître prochainement.

Pour autant, et en dépit de ce qui peut se dire ci et là, cet ultime épisode des aventures de l’intrépide archéologue se révèle assez rafraîchissant. Les premiers plans du film, qui se situent sur les routes désertiques du sud-ouest américain, renvoient à cette imagerie fifties rendue par les films tournés à cette époque – L’Équipée sauvage (Laszlo Benedek, 1953), pour ne citer que lui –, effet accentué par le choix de tubes musicaux des plus flatteurs à l’oreille. Le grain de l’image, s’il respecte celui des films précédents de la saga, renvoie aussi directement à tous ces films d’aventures typiques de l’époque, auxquels le récent Capitaine Sky et le Monde de demain (Kerry Conran, 2005), remarquable petit film d’aventures nostalgiques injustement passé inaperçu, avait récemment rendu le plus bel hommage qui soit par un usage intégral de la technique du fond bleu. La plupart des décors d’Indiana Jones 4 étant rendus de la même manière, la perspective de croiser Errol Flynn au détour d’une ruelle en carton-pâte se fait de plus en plus insistante, et atteint son paroxysme au moment où Mutt (Shia LaBeouf), jeune fils d’Indy et de Marlon Brando – adepte de blousons noirs et de motos trafiquées –, se balance de liane en liane dans un décor de jungle d’un vert foudroyant de superficialité, renvoyant aux kitschissimes aventures de Tarzan de la grande époque. Si le numérique laisse place au carton-pâte, ce n’est donc que pour mieux l’actualiser, et, par-là même, dépoussiérer une image qui n’était justement composée que de cela, de poussière.

Devant le scénario de cette quatrième aventure, qui se confirme être le plus calamiteux de la saga, préférerons-nous gager que là n’était pas le souci de Spielberg qui, fidèle à son habitude, préfère ressasser (mais pas dépoussiérer cette fois-ci, nuance) ses thèmes de prédilection. Ainsi Indy se découvre-t-il un fils, Mutt, jeune homme rebelle dont la mère n’est autre que la drolatique Marion (Karen Allen) héroïne survoltée du premier opus de la saga – encore une réminiscence. Mais si la question de la relation père-fils a toujours été remarquablement traitée dans l’œuvre du cinéaste – revoir à ce titre Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989), où Indy se voyait jeté dans un conflit quasi-œdipien avec son père, Henry Jones Sr., joué par un Sean Connery troublant d’ambigüité –, elle n’est ici que vaguement effleurée, et, qui plus est, au travers d’un humour malvenu frôlant très souvent l’hystérie. Plus intéressant est le retour de Henry Jones Sr., dont la mort récente est révélée par son fils alors qu’il le contemple sur une photo en noir et blanc posée sur son bureau : les icônes d’hier ne subsistent aujourd’hui qu’en l’état d’icônes de papier, images figées appartenant à un temps à jamais révolu (l’usage des fonds bleus justifie cette fois encore son utilisation), que seuls de rares instants de souvenir parviennent à raviver – à ce titre, le personnage de vieil amnésique joué par John Hurt est sans doute le plus représentatif de la tonalité de cet épisode. À la fin du film, et au terme d’une interminable course-poursuite visant à sauver l’humanité du pouvoir destructeur que conférerait une entité extraterrestre à un groupe de mercenaires russes (vous étiez prévenus), Indy et sa bande parviennent à libérer une immense soucoupe volante enfouie, tels les aliens belliqueux de La Guerre des mondes (2005), sous la croûte terrestre depuis plusieurs millénaires. Mais celle-ci, en lieu et place d’attaquer la population alentour, rejoue la fin de Rencontres du troisième type (1978) et de E.T. l’extra-terrestre (1982), et se contente de prendre son envol pour disparaître parmi les étoiles : belle métaphore de notre héros vieillissant que l’on exhume une ultime fois avant de le renvoyer dans les méandres d’un esprit collectif, qui sait d’ores et déjà que ces aventures seront bel et bien les dernières avant l’extinction des feux.

Mais la plus belle séquence du film, qui confirme cette idée, intervient peu après l’ouverture, juste après la fuite d’Indy, lorsque celui-ci pense trouver refuge dans une petite ville d’apparence tranquille. Las, la ville en question se révèle être un terrain spécialement créé et utilisé par l’armée américaine pour tester les armes et entraîner les soldats. Le moment est effrayant, où nous voyons Indy évoluer dans des décors et des maisons pastiches, vides de vie mais aux couleurs extrêmement saturées, et habitées par des hommes de cire confondants de naturel. Dans cette ville proprette prompte à exploser prochainement (aucune ville n’est jamais tranquille chez Spielberg), Indiana finit par se confondre avec ces figures sans vie, marionnettes sorties tout droit de Disneyland, et destinées à remplir les musées pour divertir les visiteurs nostalgiques de leurs héros d’antan.

Spielberg est à ce point pessimiste qu’il n’offre au jeune Mutt, malgré ses nombreux actes de bravoure, aucune chance de succéder à son père. À ce titre, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal marque un véritable tournant dans la carrière du cinéaste, virage déjà amorcé ces dernières années par son compère George Lucas qui faisait triompher le mal absolu (représenté par le père indigne Anakin Skywalker) dans le dernier volet de sa saga Star Wars. Le dernier plan du film de Spielberg, pris en plongée, montre le jeune homme, resté seul dans l’église où se sont mariés Indy et Marion, se dirigeant d’un pas nonchalant vers la sortie, tandis qu’au dehors sont acclamés ses célèbres parents. Mais, avant de sortir, Indy avait pris soin de récupérer son chapeau : si les légendes ne meurent jamais vraiment, c’est toujours au détriment des fils, figures impuissantes et solitaires, incapables d’assumer le lourd héritage laissé par leurs aînés. Ainsi Indy gardera-t-il son chapeau, et Mutt son blouson noir. Cet Indy 4 se termine décidément bien mal.

Roland Carrée

 

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