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02.12.22

Éclipses n°71 : Invasion John CARPENTER

John CARPENTER a eu un jour pour son propre compte une formule qui raconte beaucoup, tant de son esprit que du statut particulier dont il a écopé : « En France, je suis un auteur. En Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande-Bretagne, je suis un...

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28.06.22

ÉCLIPSES 70 : PAUL THOMAS ANDERSON

Après neuf longs métrages, Double mise (Sydney / Hard Eight, 1996), Boogie Nights (1997), Magnolia (1999), Punch-Drunk Love (2002), There Will Be Blood (2007), The Master (2012), Inherent Vice (2014), Phantom Thread (2017) et le formidable...

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13.06.22

Décès de l'acteur Philip Baker Hall

On apprend ce jour le décès de l'acteur Philip Baker Hall, acteur de second rôle, certes, mais qui a su imposer sa présence dans plus de 100 films.Il est notamment à l'affiche de trois titres importants de Paul Thomas ANDERSON, dont Hard Eight...

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Critique : Jusqu'en enfer  

Jusqu'en enfer
(Sam Raimi, 2009)

Malédictions

par Michaël Delavaud le 07.01.11

En signant Drag me to Hell (le titre anglais sonne bien mieux à l'oreille que sa traduction française), Sam Raimi semble à la fois vouloir effectuer un retour aux sources de son cinéma et réveiller la nostalgie de ses fans de la première heure, ceux adulant autant le talent du cinéaste pour l'horreur primitive (les deux premiers Evil Dead [1982 et 1987]) que son versant parodique tout aussi talentueux (Evil Dead 3 [1993], chef-d'oeuvre en la matière, ou encore le cinglé Mort sur le Gril [1984] écrit par les Coen). La tentative de Raimi de renouer avec sa glorieuse jeunesse est, avouons-le, plutôt réussie ; néanmoins, l'intérêt que Drag me to Hell suscite réside moins dans ses qualités intrisèques que dans ce qu'il dévoile sur Raimi et sur sa carrière hollywoodienne récente.

Ce nouveau film semble formaté pour l'époque, faisant voir à une employée de banque lambda ensorcelée par une vieille cliente gitane ce que peut provoquer la condescendance outrecuidante des établissements bancaires, têtes de gondoles d'un capitalisme aujourd'hui en crise. Par inadvertance ou presque, Drag me to Hell se fait l'observateur d'un monde actuel se retournant contre les garants omnipotents de sa "bonne" marche.

Par inadvertance car, tout de même, au premier abord, le but principal du film, finalement assez prosaïque, est similaire à celui du train-fantôme dans une fête foraine bon marché : distraire le public en essayant de le faire sursauter. De ce point de vue, Drag me to Hell atteint son objectif : on sursaute, la stratégie de Sam Raimi étant de jeter le contenu horrifique et les scènes d'épouvante de son film à la face du spectateur. De l'émotion forte un peu facile ? Certainement. Mais là où n'importe quel faiseur quelconque de films d'épouvante lasserait en systématisant les recettes de peur, Raimi varie les plaisirs, fait surgir sa peur d'une violente soudaineté de tous les coins du cadre, et plus particulièrement des coins les moins attendus par le spectateur. Résultat : Drag me to Hell se transforme en une espèce de petit jeu de la terreur : d'où va surgir la vieille Gitane ? D'où va sortir tel démon maléfique pour emporter la jeune employée de banque (Alison Lohman) dans les ténèbres ?

En faisant de son petit film d'horreur une attraction de foire follement amusante, Raimi ne lâche jamais l'attention d'un spectateur constamment en attente, additionnant au caractère ludique de l'oeuvre quelques éclats formels d'une remarquable intensité (la géniale séquence du parking souterrain ; celle, presque finale, du cimetière). Et ce ne sont pas les effets spéciaux très moyens (voir la scène de spiritisme, aux frontières du ridicule), les acteurs inégaux (Justin Long, que l'on peut préférer dans les éclatantes bouffonneries de type Dodgeball), le retournement final un peu téléphoné et le manque flagrant d'ambition de Sam Raimi qui vont changer la donne : Drag me to Hell est effectivement un excellent tour de train-fantôme.

Et si le manque d'ambition de Raimi, paradoxalement, ajoutait encore une raison de s'intéresser à ce film a priori mineur ? Cette tentative de retour à la série B fauchée des débuts ressemble surtout à un prétexte pour abandonner, du moins momentanément, la franchise Spider-Man que Raimi porte sur ses épaules depuis sa création en 2002.

Le troisième volet des aventures de l'Araignée, presque totalement raté, est néanmoins un film capital pour comprendre la place de Drag me to Hell dans la filmographie du réalisateur. Spider-Man 3 [2007] est à la période hollywoodienne du cinéaste ce que Evil Dead 3 a été pour sa première carrière : une oeuvre de rupture, un sabordage volontaire (et génial dans le cas du troisième volet Evil Dead) visant à casser une routine artistiquement dangereuse. Evil Dead 3 mêlait allègrement horreur gore et burlesque trash à la Tex Avery pour désacraliser sa série de films mythiques et passer à un cinéma plus classique et grand public (Un plan simple [1998]). Raimi inverse le processus pour Spider-Man 3, affadit son film, le vide de sa substance vitale, joue sur une note mélo parfois éreintante, tout cela afin de décrédibiliser l'aura d'une série de blockbusters bien plus intelligents que la moyenne et, à terme, de revenir à de premières amours moins onéreuses, et donc, par extension, moins culpabilisantes pour un cinéaste mauvais esprit comme Sam Raimi.

Là se trouve peut-être l'intérêt sous-jacent de Drag me to Hell, régression nécessaire d'un cinéaste de série B parvenu, mais qui se trouve aussi être, en creux, un autoportrait assez peu flatteur. Le personnage qu'interprète Alison Lohman peut en effet être considéré comme un double fictionnel de Sam Raimi : un personnage parti de rien (elle a vécu dans une ferme / il a commencé chichement dans le cinéma fauché), ambitieux, cherchant et trouvant sa place dans un système capitaliste (la banque / Hollywood) et se battant corps et âme pour échapper à ce que son ambition a généré (la malédiction de la Gitane / Spider-Man). La scène du cimetière de Drag me to Hell est un peu une représentation de ce qu'est Drag me to Hell lui-même : une tentative desespérée, pour l'employée de banque et pour Sam Raimi, de se libérer de leur malédiction respective.

Sans dévoiler la toute fin du film, on peut penser que le devenir du personnage principal préfigure sans aucun doute l'avenir de Sam Raimi, et surtout que celui-ci en est pleinement conscient ; rappelons quand même pour mémoire que le réalisateur va rempiler pour un quatrième volet des aventures de Spider-Man...

Si l'on creuse un peu sous la surface du divertissement jouissif, sympa et vain, on peut donc voir en Drag me to Hell un film d'une brutale amertume, la violente et très lucide autocritique d'un réalisateur que l'on sent de moins en moins à l'aise dans ses baskets hollywoodiennes. Et, de ce point de vue, l'une des oeuvres les plus importantes de sa filmographie.

Michaël Delavaud

 

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