Inscription newsletter - Flux rss -

Votre panier

Votre panier est vide.

Votre compte client

Créer un compte - Mot de passe oublié ?

Actualités :

02.07.19

Info expo : "Charlie Chaplin dans l'œil des avant-gardes", du 18 octobre 2019 au 3 février 2020, Musée d'Arts de Nantes.

Charlie Chaplin dans l’œil des avant-gardes offre une relecture de l’art de la première moitié du 20e siècle. Elle prend pour fil conducteur l’œuvre cinématographique de Charlie Chaplin, sujet de fascination pour les artistes du monde...

Lire la suite

12.06.19

Info parution : « Questions de cinéma et pratique de l'analyse de film », par Jean-Pierre Esquenazi.

Chaque film à sa manière nous apprend le cinéma : les questions que le réalisateur et son équipe se sont posées affleurent dans le récit, elles émergent de l'enchaînement des images et des sons. Pour qui veut bien s’y montrer attentif, un...

Lire la suite

02.06.19

Info parution : « Objets de cinéma. De Marienbad à Fantômas », par Joséphine Jibokji.

Le cinéma français des années 1960 est peuplé d’objets spectaculaires ou anodins fabriqués dans le seul dessein d’être filmés. La statue de L’Année dernière à Marienbad, le mobile en tôle des Aventuriers ou la DS volante de...

Lire la suite

En ce moment

Sibyl Justine Triet

Sibyl - Diffractions
Lire l'article

Les derniers articles
publiés sur le site 

28.06.19

Critique

Film : Sibyl

Diffractions

Réalisateur : Justine Triet

Auteur : Michaël Delavaud

Lire l'article

29.05.18

Chronique DVD

Film : La Région sauvage

Le rêve de la femme mexicaine

Réalisateur : Amat Escalante

Auteur : Florent Barrère

Lire l'article

20.04.18

Chronique DVD

Film : A Ghost Story

A Love Story

Réalisateur : David Lowery

Auteur : Florent Barrère

Lire l'article

Analyse de séquence : Sleepy Hollow  

Sleepy Hollow
(Tim Burton, 2000)

Thaumatrope et trauma-tropisme

par Youri Deschamps le 21.01.11

La scène-générique de Sleepy Hollow décline sur plusieurs niveaux le motif du retour aux sources et du retour à l’origine. Origine du récit tout d’abord : Burton adapte ici la célèbre nouvelle de Washington Irving, publiée en 1820, qui scelle la naissance de la littérature américaine. Origine de la représentation ensuite, car lorsque Ichabod Crane (Johnny Depp) fait route vers le Val Dormant, il traverse un « plan tableau » [01] qui cite explicitement la peinture paysagiste nationale, et plus particulièrement l’œuvre fondatrice de Thomas Cole, le principal représentant de l’Hudson River School, et premier véritable paysagiste américain ([02], détail de The Connecticut River Near Northampton, Thomas Cole, 1836). Origine de l’image animée pour finir, car à partir du moment où l’on passe du jour à la nuit à la faveur d’un simple plan et d’un seul raccord cut, on voit la calèche avancer entre les arbres en travelling latéral, saisie à contre-jour, comme une figurine de papier découpé [03], dessins opaques qui semblent accéder au mouvement par l’effet de cache intermittent assuré par les arbres [04] : un dispositif qui n’est pas sans rappeler le théâtre d’ombre du pré-cinéma.

En toute logique déclinatoire, parmi les inventions qui vont conduire à la projection cinématographique, il en est d’autres que l’on rencontre dans le film, comme la lanterne magique par exemple (scène de la sage femme), ou encore le thaumatrope, le « jouet optique » que possède Ichabod depuis l’enfance, que l’on retrouve à plusieurs moments de l’intrigue et dont la fonction dramatique et symbolique n’a rien d’anecdotique. En effet, en suivant à la trace les apparitions de ce thaumatrope et de toutes ses déclinaisons visuelles, le spectateur remonte le cours de l’histoire personnelle du héros, roman familial volatil et serti dans le noir, qui s’écrit avec une plume de sang.

Dans Sleepy Hollow, le thaumatrope est là pour figurer le traumatisme subi dans la petite enfance ; le thaumatrope est donc trauma-trope : il met le traumatisme en mouvement pour l’expulser. Sa récurrence dans le film, qu’elle soit littérale ou metaphorisée, marque l’affleurement du refoulé et vient symptomatiquement ponctuer l’intrigue qui vise la libération du personnage. Sur chaque face du jouet optique figure une image : un cardinal (un petit oiseau rouge) et une cage de fer. La mise en mouvement du jouet enferme évidemment l’oiseau dans la cage. Et l’on se souvient que dans le prologue, avant de prendre route pour Sleepy Hollow, Ichabod libère un oiseau semblable d’une cage sphérique [05]. Lorsqu’il le laisse s’envoler, on voit Ichabod au centre d’une fenêtre ronde qui rappelle, par sa forme et la manière dont elle s’actionne [06], le fameux thaumatrope offert par sa mère magicienne [07]. Pour Ichabod enfant, le jouet est magique [08]. Plus tard, dans les ruines de l’enfance de Katrina (Christina Ricci) – le lieu n’est pas fortuit, évidemment –, on retrouve sur la branche d’un arbre, comme par enchantement, le cardinal libéré dans le prologue [09]. Ichabod, qui ne veut plus entendre parler de magie pour les raisons que l’on sait (sa mère assassinée par son père, un fanatique religieux), donne alors un cours d’optique à Katrina : « deux images distinctes qui se fondent en une seule », lui explique-t-il en bon rationaliste traquant le simulacre [10 et 11]. Seulement, la présence en ce lieu du cardinal libéré à New York, contredit d’une certaine façon la démonstration scientifique d’Ichabod. Il va lui falloir réapprendre à croire, à réconcilier le magique et l’optique.

Plus tard, on retrouve le cardinal, mort, dans l’antre de la sorcière [12] ; notons qu’on le retrouve à cet endroit en toute logique symbolique, puisque la mère d’Ichabod fut accusée de sorcellerie et victime de l’inquisition paternelle (elle meurt enfermée dans une cage de supplice : la « vierge de fer »).

Dans son acharnement à ne plus croire qu’en la raison scientifique, Ichabod, malgré lui, est en train de rejouer le scénario paternel ; il se fait à son tour inquisiteur et son obstination « enferme » Katrina dans une cage, lors de la scène de l’église [13]. La plongée totale, qui dirige vers le regard du spectateur les pics de l’enclos dans lequel elle se retrouve allongée et inconsciente, rappelle en effet, dans sa configuration, la fameuse vierge de fer.

Juste avant le dénouement, enfermé dans l’ovale de ses certitudes qui l’aveuglent [14], Ichabod quitte Sleepy Hollow et s’apprête à laisser Katrina derrière lui. Mais de « mauvais objet » (lié à la perte de l’être cher), le thaumatrope se transforme alors à ses yeux en « bon objet » : l’illusion qu’il produit [15 et 16] va cette fois conduire Ichabod à ouvrir le livre de magie offert par Katrina, et lui permettre d’interpréter correctement les « signes » d’amour et de protection qu’elle lui destinait.

Son aptitude à la croyance est donc restaurée : l’optique et le magique sont réconciliés, le traumatisme est expulsé. Au terme d’un itinéraire tortueux et semé de "fausses pistes" (« red herring » pour l’idiome américain, ou bien « hareng rouge » littéral et farce d’avril sous les oripeaux d’halloween), un sentier primordial : motif cardinal que celui de l’oiseau rouge, dont l’examen des migrations permet d’honorer l’invitation faite par le titre même du film : creuser (to hollow out) ce qui sommeille (sleepy) à l’origine, pour réveiller « géographiquement » les arcanes du dedans.

Youri Deschamps

 

Linexia
Développement et référencement de sites web