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Actualités :

25.02.20

Arnaud Desplechin a reçu le 16e Prix Jacques Deray du film policier français pour "Roubaix, une lumière".

Samedi 22 février 2020 à 19h à l’Institut Lumière de Lyon, le réalisateur Arnaud DESPLECHIN a reçu le 16ème Prix Jacques Deray du meilleur film policier français de 2019 pour Roubaix, une lumière, produit par Pascal Caucheteux, en...

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08.02.20

Actu parution : Pier Paolo PASOLINI - 3 scénarios inédits

Trois scénarios écrits par Pier Paolo publiés en France par les Éditions de Grenelle : La Ricotta, publié il y a quelques années, mais proposé ici dans une nouvelle traduction, et deux textes complètement inédits, La Terre vue de la Lune et...

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06.02.20

Actu parution : "Anthologie des dystopies", par Jean-Pierre ANDREVON.

Anthologie des dystopies. Les mondes indésirables de la littérature et du cinéma, par Jean-Pierre ANDREVON. Dictatures totalitaires, règne des écrans, apocalypses nucléaires, rébellion des machines, catastrophes climatiques, famines poussant...

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Invisible Man Leigh Whannell

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Film : L'Étrange Festival 2019

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Film : Sibyl

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Analyse de séquence : Sleepy Hollow  

Sleepy Hollow
(Tim Burton, 2000)

Thaumatrope et trauma-tropisme

par Youri Deschamps le 21.01.11

La scène-générique de Sleepy Hollow décline sur plusieurs niveaux le motif du retour aux sources et du retour à l’origine. Origine du récit tout d’abord : Burton adapte ici la célèbre nouvelle de Washington Irving, publiée en 1820, qui scelle la naissance de la littérature américaine. Origine de la représentation ensuite, car lorsque Ichabod Crane (Johnny Depp) fait route vers le Val Dormant, il traverse un « plan tableau » [01] qui cite explicitement la peinture paysagiste nationale, et plus particulièrement l’œuvre fondatrice de Thomas Cole, le principal représentant de l’Hudson River School, et premier véritable paysagiste américain ([02], détail de The Connecticut River Near Northampton, Thomas Cole, 1836). Origine de l’image animée pour finir, car à partir du moment où l’on passe du jour à la nuit à la faveur d’un simple plan et d’un seul raccord cut, on voit la calèche avancer entre les arbres en travelling latéral, saisie à contre-jour, comme une figurine de papier découpé [03], dessins opaques qui semblent accéder au mouvement par l’effet de cache intermittent assuré par les arbres [04] : un dispositif qui n’est pas sans rappeler le théâtre d’ombre du pré-cinéma.

En toute logique déclinatoire, parmi les inventions qui vont conduire à la projection cinématographique, il en est d’autres que l’on rencontre dans le film, comme la lanterne magique par exemple (scène de la sage femme), ou encore le thaumatrope, le « jouet optique » que possède Ichabod depuis l’enfance, que l’on retrouve à plusieurs moments de l’intrigue et dont la fonction dramatique et symbolique n’a rien d’anecdotique. En effet, en suivant à la trace les apparitions de ce thaumatrope et de toutes ses déclinaisons visuelles, le spectateur remonte le cours de l’histoire personnelle du héros, roman familial volatil et serti dans le noir, qui s’écrit avec une plume de sang.

Dans Sleepy Hollow, le thaumatrope est là pour figurer le traumatisme subi dans la petite enfance ; le thaumatrope est donc trauma-trope : il met le traumatisme en mouvement pour l’expulser. Sa récurrence dans le film, qu’elle soit littérale ou metaphorisée, marque l’affleurement du refoulé et vient symptomatiquement ponctuer l’intrigue qui vise la libération du personnage. Sur chaque face du jouet optique figure une image : un cardinal (un petit oiseau rouge) et une cage de fer. La mise en mouvement du jouet enferme évidemment l’oiseau dans la cage. Et l’on se souvient que dans le prologue, avant de prendre route pour Sleepy Hollow, Ichabod libère un oiseau semblable d’une cage sphérique [05]. Lorsqu’il le laisse s’envoler, on voit Ichabod au centre d’une fenêtre ronde qui rappelle, par sa forme et la manière dont elle s’actionne [06], le fameux thaumatrope offert par sa mère magicienne [07]. Pour Ichabod enfant, le jouet est magique [08]. Plus tard, dans les ruines de l’enfance de Katrina (Christina Ricci) – le lieu n’est pas fortuit, évidemment –, on retrouve sur la branche d’un arbre, comme par enchantement, le cardinal libéré dans le prologue [09]. Ichabod, qui ne veut plus entendre parler de magie pour les raisons que l’on sait (sa mère assassinée par son père, un fanatique religieux), donne alors un cours d’optique à Katrina : « deux images distinctes qui se fondent en une seule », lui explique-t-il en bon rationaliste traquant le simulacre [10 et 11]. Seulement, la présence en ce lieu du cardinal libéré à New York, contredit d’une certaine façon la démonstration scientifique d’Ichabod. Il va lui falloir réapprendre à croire, à réconcilier le magique et l’optique.

Plus tard, on retrouve le cardinal, mort, dans l’antre de la sorcière [12] ; notons qu’on le retrouve à cet endroit en toute logique symbolique, puisque la mère d’Ichabod fut accusée de sorcellerie et victime de l’inquisition paternelle (elle meurt enfermée dans une cage de supplice : la « vierge de fer »).

Dans son acharnement à ne plus croire qu’en la raison scientifique, Ichabod, malgré lui, est en train de rejouer le scénario paternel ; il se fait à son tour inquisiteur et son obstination « enferme » Katrina dans une cage, lors de la scène de l’église [13]. La plongée totale, qui dirige vers le regard du spectateur les pics de l’enclos dans lequel elle se retrouve allongée et inconsciente, rappelle en effet, dans sa configuration, la fameuse vierge de fer.

Juste avant le dénouement, enfermé dans l’ovale de ses certitudes qui l’aveuglent [14], Ichabod quitte Sleepy Hollow et s’apprête à laisser Katrina derrière lui. Mais de « mauvais objet » (lié à la perte de l’être cher), le thaumatrope se transforme alors à ses yeux en « bon objet » : l’illusion qu’il produit [15 et 16] va cette fois conduire Ichabod à ouvrir le livre de magie offert par Katrina, et lui permettre d’interpréter correctement les « signes » d’amour et de protection qu’elle lui destinait.

Son aptitude à la croyance est donc restaurée : l’optique et le magique sont réconciliés, le traumatisme est expulsé. Au terme d’un itinéraire tortueux et semé de "fausses pistes" (« red herring » pour l’idiome américain, ou bien « hareng rouge » littéral et farce d’avril sous les oripeaux d’halloween), un sentier primordial : motif cardinal que celui de l’oiseau rouge, dont l’examen des migrations permet d’honorer l’invitation faite par le titre même du film : creuser (to hollow out) ce qui sommeille (sleepy) à l’origine, pour réveiller « géographiquement » les arcanes du dedans.

Youri Deschamps

 

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