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31.10.18

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24.10.18

In fo parution : "Humanité restante - Penser l'évènement avec la série The Leftovers"

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02.10.18

Info parution : Roland Carrée et les gosses d'Italie.

Notre collaborateur (et coordinateur) Roland Carrée publie un livre sur le cinéma italien. Les années 1990 et 2000 constituent une période cruciale pour le cinéma italien qui, après avoir traversé une situation très délicate, connaît une...

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Revoir : Daddy nostalgie  

Daddy nostalgie
(Bertrand Tavernier, 1990)

Tout change, rien ne meurt

par Myriam Villain le 26.05.16

Daddy nostalgie est un film qui fait du bien. Daddy nostalgie pourrait tout aussi bien s'intituler « I love you Dad », car le film de Bertrand Tavernier est incontestablement un film sur l'amour entre un père et sa fille, même si le sujet annoncé est la disparition prochaine du père. L'opus commence sur un rêve qui annonce un départ, un voyage, et se poursuit par un appel téléphonique qui apprend à Caroline (Jane Birkin) l'hospitalisation en urgence de son père (Dirk Bogarde).

Père et fille : une relation savoureusement complexe

Daddy nostalgie s'attache avec beaucoup de douceur au trio familial (il s'agit d'un quatuor en fait, mais la sœur de Caroline vit au Canada et n'a pas été appelée au chevet du père, « pour ne pas lui faire faire des kilomètres inutilement » explique la mère). Ce trio prend parfois des accents de triangle œdipien (« Je préférerais être ton amant que ton fils », répond Daddy quand Caroline lui dit qu'il ressemble à son adolescent de fils, Martin).

C'est la force du réalisateur que de faire affleurer sous l'apparente fluidité des sentiments, des liens plus complexes, plus obscurs. On est loin ainsi de toute mièvrerie. L'amour entre chacun est là, puissant. Il s'affiche avec une belle évidence entre le père et Caroline. Tavernier fait ici le portrait d'une relation magnifique entre Daddy et sa fille, faite de complicité (l'anglais parlé entre eux deux est leur plus grande connivence), de tendresse (ils se touchent et s'embrassent souvent, même sur la bouche ; coutume anglaise peut-être) et d'humour (on comprend que la fille a hérité de l'humour de Daddy et c'est cela aussi qui fera la survivance du père après sa disparition ; une précieuse transmission de la distance et du jeu ainsi). Cela n'empêche pas, parfois, la cruauté de la fille (« Je m'en fous de ta belle vie d'égoïste. Ta vie se termine maintenant ») qui n'est peut-être que l'expression de la franchise qu'elle s'autorise, dans une belle liberté. Leur amour père/fille tangible n'empêche pas parfois, non plus, la maladresse répétée de Daddy (Caroline se souvient, par un, voire deux, flash-back d'avoir été rejetée par son papa quand elle était enfant. Elle voulait lui lire un poème qu'elle lui avait écrit et Daddy n'avait su que répondre : « C'est gentil. Pas maintenant. Plus tard »). L'amour se tisse de tout cela et c'est pour ça qu'il est fort.

 

Les rides de l'amour

Derrière ce couple père-fille apparaît en filigrane le couple parental qui donne à voir le passage du temps. L'amour-passion des débuts entre le mari et sa femme a laissé place à la tendresse, teintée parfois d'ennui, d'incompréhension et d'agacement. Miche (Odette Laure) est une femme irritable, mesquine parfois, et froide (« Elle est anti-tout », dit Daddy parlant de sa femme. « C'est que tout lui fait peur », répond Caroline qui se veut apaisante), mais il n'en a pas été toujours ainsi (« Avant tu disais "Viens te coucher" », fait remarquer Daddy à sa femme qui lui dit à présent « Va te coucher », comme elle le dirait à un jeune enfant). Miche aime Daddy, c'est à n'en pas douter, même si son attitude pourrait faire croire à de l'indifférence, pour ne pas dire du désamour. Depuis longtemps elle n'use plus de l'anglais pour parler avec son mari et celui-ci n'en connaît pas la raison, tout en devinant l'éloignement affectif probable de sa femme. Pourtant, Miche aime Daddy. Pourquoi, sinon, vouloir mourir (« Je me jetterai du haut d'une falaise » dit-elle à sa fille) s'il disparaît ? Miche sait qu'elle ne pourra pas survivre à son époux. Quel plus bel aveu de l'attachement ?

 

Un film en Rose et Vert


Daddy nostalgie, plus qu'un film sur l'amour ou la mort, est en fait un film sur l'impermanence. C'est le choix chromatique de l'ensemble qui dévoile le vrai sujet. Tous les plans sont construits sur le vieux rose et le vert céladon, à l'image même de la fleur, la rose, qui se fane ; forcément. Le motif de la rose est même présent par un autocollant placé sur le placard de la cuisine. On peut l'apercevoir subrepticement à la faveur d'un plan bref.

Daddy nostalgie met l'accent sur le périssable dans nos vies : « Je n'ai pas demandé à vieillir », dit le père, avec son humour chevillé au corps, même dans cet instant tragique de sa vie. Et d'ailleurs, tout comme lui, nul n'échappera au flétrissement. Pas besoin cependant d'attendre le décès pour constater la disparition. Les choses se transforment (la fille en vient même à devenir le parent de ses parents) et finissent aussi, dans la vie-même. Le seul socle intangible, le seul pilier immuable semble être le passé. Il a été et sera à tout jamais ce qu'il a été. Le souvenir peut donc donner le réconfort de l'impérissable, et c'est ce que transmet Daddy à sa fille dans un don sublime qui est le seul don possible au seuil de la mort.

 

La vie, résolument


Daddy nostalgie offre une parenthèse enchantée entre la vie passée et la mort. Les personnages vivent un huis clos dans un quotidien serein qui permet la re-visitation avant la fin d'un des leurs. Le souvenir est l'arme absolue contre la finitude des choses. Il peut être rappelé à la mémoire à volonté, à n'importe quel moment. La nostalgie, à entendre comme une tendresse envers le passé, ce passé qui nous a nourri, fait grandir, donné du plaisir (et non à entendre comme une tristesse éprouvée en raison d'instants désormais révolus), serait une force vitale, un souffle. La nostalgie représenterait un appel vers le passé qui seul, parce qu'il est immuable, fonde les bases de l'avenir. Cela permet, à la mort d'un être cher, de « faire semblant de vivre avant que l'envie nous en revienne ».

La disparition d'un proche ne serait à comprendre que comme une absence, une absence liée à un départ, à un long voyage (et prend sens ici la séquence inaugurale du film). Le souvenir pallierait cette absence, la rendrait supportable. « Non papa tu ne vas pas mourir », dit Caroline à Daddy hospitalisé au début du film. Non, son père ne sera jamais mort même quand il sera décédé. Caroline le fera vivre à l'intérieur d'elle en se remémorant le passé. Il ne sera plus à côté, dans une présence charnelle , mais plus près d'elle encore, beaucoup plus près, puisqu'il sera en elle, de manière intériorisée. Il sera en elle comme un enfant en gestation portée par sa mère, comme un amant dans le corps de sa maîtresse.

La mort ne doit pas faire peur. « J'ai failli mourir », dit Daddy à un ami cafetier. « Mais ce n'est pas grave ». Il ajoute : « Ce sont mes jambes. Si je ne peux plus marcher, je ne peux plus venir chez vous et je suis foutu ». Cela fait écho à ce que répond Caroline au souhait formulé par sa mère : « S'il pouvait vivre encore un an ou deux ! ». Caroline lui répond : « ça dépend ce que tu appelles vivre ... ». La vie, c'est le plaisir et la douceur, pas la souffrance. Caroline a compris cela. Elle préfère boire et fumer avec son père, l'emmener en balade même si tout cela le fatigue et l'affaiblit. La vie mérite qu'on la vive, pas qu'on s'en préserve pour retarder la mort.

Avant de mourir, Daddy donne le mode d'emploi : le meilleur antidote à la mort, c'est la vie.

 

À la mémoire de Daniel Lombard


Myriam Villain

 

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